Armée & Prévôté d'Anjou

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 Scopolie / decret enfreint / coupable / 24-05-1460

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Tancy
Juge
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Date d'inscription : 20/11/2011

MessageSujet: Scopolie / decret enfreint / coupable / 24-05-1460   Jeu 24 Mai - 23:09

Procès ayant opposé Scopolie au Duché d'Anjou


Enoncé du verdict
Le prévenu a été reconnu coupable de trouble à l'ordre public.
Citation :
* Le Juge revint quelques instants plus tard. Chargé de son dossier, ses notes et de l'émotion d'arriver enfin à l'issue de cette piteuse audience publique.
Il s'installa confortablement dans son large siège et s'adressa à l'assemblée présente, faute de présence de l'accusé. *

A tous ici présents, moi, Tancy, vais rendre public le verdict de cette audience en date du vingt-quatrième jour de Mai en l'an MCDLX .

Attendu le décret municipale du treize Décembre mille quatre cent cinquante neuf sur le marché de Craon, renouvelé le quatre Janvier mille quatre cent soixante et toujours valable en ce jour,

Citation:
En ce 4 janvier 1460, j'ai la joie immense de valider le décret de Fantasia, mairesse de son état. Puisse-t-il éviter à Craon la ruine, le Maine et le désespoir, et lui faire regagner son rang de capitale économique du monde qu'elle n'aurait jamais dû perdre !

Le Fou,
Duc d'Anjou.


Citation:
Décret du 13 décembre 1459 sur le marché de Craon, renouvelé le 4 janvier 1460

1°) L�achat de masse de nourriture (excepté le poisson,fruits) est interdite. (Achat de nourriture pour une durée supérieur à 4 jours)
2°) Tout vente par un Craonnais de denrées non-produites dans son champs ou échoppe, et ne pouvant prouver l�achat dans une autre ville, est considéré comme de la spéculation et est interdite.
3°) L�achat de certaines matières sont réservées aux corps de métiers concernés, comme suit :
-Les sacs de blé sont réservés aux meuniers Craonnais
-Les stères de bois sont réservés aux boulangers, charpentiers et forgerons Craonnais
-Les sacs de farine sont réservés aux boulangers Craonnais
-Les peaux et les pelotes de laine sont réservées aux tisserands Craonnais
-Les différentes carcasses sont réservées aux bouchers Craonnais
4°) Tout non-respect de ce décret peut entraîner un procès pour trouble à l�ordre public ou pour spéculation.
5°) Des dérogations peuvent être obtenues auprès de la mairie.


Attendu que l'accusé, Sieur Scopolie de Carniole, est accusé de trouble à l'ordre public pour avoir acheté dix morceaux de viande sur le marché de Craon et vendu des miches de pain ainsi que de la viande, produits dont il n'est pas le producteur, sur ce même marché.

Attendu que l'achat de dix morceaux de viande a été prouvé par un reçu présenté par le Sieur Alacian, alors bourgmestre de la cité de Craon, par le témoin de l'accusation, le Sieur Brutus666 et par l'accusé lui-même lors de sa première plaidoirie. Je cite « Vous l'aurez peut-être deviné vous-même, la viande que j'avais acheté à 17 écus ... » et « A la première accusation, je l'ai dit, je suis coupable » ;

Attendu que la vente de morceaux de viande a été prouvée par un reçu présenté par le Sieur Alacian, alors bourgmestre de Craon. Preuve de vente apportée également par le Sieur Tictac ;

Attendu que la vente de morceaux de viande a été prouvée par les dires de l'accusé dans sa première et unique plaidoirie, je cite « Le problème, c'est que j'ai vendu seize morceaux de viande et pas dix ... » ;

Attendu que l'accusé ainsi que son témoin n'ont pu nous certifier l'achat de ces morceaux de viande en la Capitale d'Angers ;

Attendu que la vente d'une miche de pain a été prouvée par un reçu présenté par le Sieur Alacian, alors bourgmestre de Craon.

Attendu que l'accusé dit avoir acheté ces denrées en la Capitale Angevine d'Angers. Je cite « J'ai ramené d'Angers une trentaine de miches de pain, dont j'ai vendu la moitié, tandis que je garde l'autre moitié pour ma consommation personnelle. » ;

Attendu que Dame Sorianne, témoin de la défense et conseillère ducale, dit avoir accompagné l'accusé durant trois jours et non quatre puisqu'elle a payé trois écus d'hébergement. Je cite « Quatre jours il me semble puisque j'ai eu trois écus à payer pour la chambre d'auberge. »

Attendu le décret municipale du dix sept Janvier mille quatre cent soixante, en vigueur en la Capitale Angevine :
Citation:
Au peuple d'Angers,
de moi, Shiwan, alors bourgmestre de la cité d'Angers,

Décrète en ce 17 du mois de Janvier de l'An 1460 ce qui suit :

En temps de paix, il ne sera autorisé à tout habitant foulant le marché d'Angers que l'achat maximum de trois miches de pain par jour. Ce nombre sera diminué à une unité en cas de conflit au sein de la Capitale angevine.

Afin que nul ne puisse contester le présent décret, sa validation est officialisée par la pose du scel Ducal et prend effet ce jour.

Validé par le Fou, duc d'Anjou.



Attendu que l'accusé n'avait donc pas le droit d'acheter une trentaine de miches de pain en trois jours d'après le décret présenté ;

Attendu donc que cette faute est équivalente à celle de revente des miches de pain sur le marché de Craon ;

Attendu la Coutume d'Anjou :

Citation:
II/ LES DÉCRETS

Un décret Ducal ou Municipal couché sur vélin et visible de tous devra être privilégié à la Coutume par le Juge d'Anjou.


Attendu l'irrespect incessant, à l'encontre de la Procure et du Juge que je représente, affiché par l'accusé lors de cette audience ;

Moi, Tancy, Juge d'Anjou au nom de Sa Grâce Calyce de Dénéré Malines, alors Duchesse d'Anjou, déclare coupable le Sieur Scopolie de Carniole des faits qui lui sont reprochés.
La Justice fait savoir au Sieur Scopolie de Carniole que la loi est toujours injuste pour celui qui l'enfreint.

Ainsi, le Sieur Scopolie de Carniole ira visiter nos geôles durant deux jours.

Vous avez, bien entendu, le droit de faire appel à ce jugement. Pour cela, vous pourrez déposer les minutes de cette audience à la Cour d'Appel d'Anjou.

* Le juge frappa d'un coup vif le lutrin *

Affaire close ! Tel en est décidé

* Le Juge prit son dossier, se leva et quitta la salle d'audience ... *
Le prévenu a été condamné à une peine de prison de 2 jours.

Acte d'accusation
Citation :
Nous, Chalva, procureur d'Anjou, ouvrons procès ce 28 avril 1460 à l'encontre de Scopolie sous le chef d'inculpation de trouble à l'ordre public.

Scopolie est accusé d'avoir délibérément mis en danger l'équilibre économique du marché de Craon en ne respectant pas le décret du 13 décembre 1959.

L'article 1 de ce décret précise que l�achat de masse de nourriture (excepté le poisson, fruit) est interdite. (Achat de nourriture pour une durée supérieur à 4 jours), or messire Scopolie a acheté en une seule fois 10 viandes à 17 écus au boucher Brutus666.

L'article 3 précise que tout vente par un Craonnais de denrées non produites dans son champs ou échoppe, et ne pouvant prouver l�achat dans une autre ville, est considéré comme de la spéculation et est interdite. Or messire Scopolie a vendu des miches de pains à 6,70 écus et des viandes à 18,65 écus sur ce même marché, alors qu'il n'est ni boulanger, ni boucher.

Ainsi, Scopolie est accusé d'avoir acheté de la nourriture en masse, d'avoir vendu des denrées dont il n'était pas le producteur, et soupçonné d'avoir acheter des denrées à bas prix pour les revendre plus cher (Viandes acheté à 17 TTC, viandes vendu à 18,65 TTC)

Enfin, comme le précise l'article 4 : Tout non-respect de ce décret peut entraîner un procès pour trouble à l�ordre public ou pour spéculation.

C'est pour cela que en ce jour, nous ouvrons procès contre Scopolie. En effet, bien que le maire ait proposé un arrangement à l'amiable, aucune réponse n'a été apporté par l'accusé.

Précisons que nous avons comme témoin le maire, et que celui ci pourra apporter les preuves de ces accusations lors de son passage.

Accusé levez-vous, qu'avez-vous à répondre à cette accusation?

Première plaidoirie de la défense
Citation :
Je me levai doucement, et sans devoir couper la parole, indigné, à quelqu'un cette fois.

N'ayant plus de question à poser au témoin, je vais passer à ma plaidoirie. Excusez-moi d'avance si elle est longue mais c'est qu'il y a tellement de corrections à apporter que je n'ai pas pu faire plus court.

Prenant mes notes pour ne rien oublier, je commençai.

Je vais aborder les points suivants dans la première partie de ma plaidoirie :

1 - De l'absence de preuves pour m'incriminer.
2 - De mon rapport avec l'argent.
3 - D'une spéculation sur des produits d'origine inconnue.
4 - De ce dont on m'accuse.
5 - D'un déséquilibre qui n'en est pas un.


J'aurais pu compter les points sur mes doigts, mais je ne pourrai plus tenir mes notes si j'utilise ma seconde main.

Premier point. Le bourgmestre de Craon, dont nous parlerons plus tard, a fourni à la Procureure un dossier plein de vide, dont je m'étonne qu'il ait été instruit tel quel. Fausse hésitation. Non, pas un dossier, pardon, un simple témoignage. Les preuves, elles, ont été reçues par la Procure après le premier témoignage.

Cette constatation, qui pouvait être prise pour une provocation dite ainsi, annonça le ton de ma plaidoirie.

En effet, nul part il n'est fait mention de la quantité des denrées que je vends, seulement les dix morceaux de viande achetés à un boucher. Les quantités ont été passé sous silence, ce qui révèle la véritable nature de l'affaire : on veut m'enfoncer, mais surtout pas dire quelque chose qui risquerait d'améliorer l'image qu'on donne de moi. Cela semble logique lorsqu'on sait que ce dossier sort tout droit de l'esprit malsain d'un idiot qui s'est retrouvé bourgmestre parce que les seuls autres candidats étaient un brigand sans programme et un prêtre pas assez connu de la populace. Tout le dossier repose sur un témoignage partial. Pourtant, il est établi que l'accusation doit rapporter les preuves à charge mais aussi à décharge, c'est même l'une des premières choses qu'on nous apprend pour devenir procureur. Il s'agit là d'un grave vice de procédure.

Le bon sens veut qu'on mette en procès quelqu'un en se fondant sur des preuves, et pas seulement sur un témoignage qu'on prend pour Vérité. Si cela se passait ainsi pour tous les procès, on pourrait envoyer son voisin au tribunal sur simple accusation, mais il apparaitrait que si on a la curiosité de demander des preuves, ils n'en ont pas ou racontent de belles histoires à dormir sur son bureau.


Coup d��il vers la Procureure. A coup sûr, elle allait me détester, même si je n'avais rien contre elle personnellement, seulement contre son rôle ici.

Les quantités, et donc le bénéfice produit par ma supposée escroquerie, ont été passé sous silence, ce qui m'amène au second point : je n'ai fait presque aucun bénéfice, ma seule intention était de fournir le marché en produits qui manquaient.

Et en y pensant bien, on se demande sur quels chiffres se seraient basé la Procure et le Juge pour décider du montant de l'amende -si je suis déclaré coupable, ce qui ne fait aucun doute.

J'ai ramené d'Angers une trentaine de miches de pain, dont j'ai vendu la moitié, tandis que je garde l'autre moitié pour ma consommation personnelle. Quel bénéfice aurais-je pu me faire avec quinze miches de pain vendues à 6,50 écus ? Voyons très large, disons 50 deniers par miches, soit presque 7 écus de bénéfice. Faramineux, n'est-il pas ? Avec les bénéfices, j'ai de quoi me rembourser la miche de pain que j'ai mangé à l'aller, mais pas le maïs qui allait avec, alors continuons.

La viande : ce n'est pas réellement ce qu'il s'est passé mais imaginons dix morceaux de viande achetés à 17 écus et revendus à 18,10 écus ça fait en tout 11 écus de bénéfice. Ce n'est pas non plus le salaire d'un mineur. Le problème, c'est que j'ai vendu seize morceaux de viande et pas dix, ce qui fait que nous amène au troisième point, à moins que vous m'accusiez d'avoir spéculer sur le poisson ? Je demande des fois que l'hérétique ait inventé qu'il y avait eu un jour du poisson sur le marché de Craon.

Mais avant de passer au troisième point, continuons de parler de mon rapport avec l'argent. Le 22 avril, j'ai laissé un mot sur la porte de l'église, où je proposais aux vagabonds et aux jeunes paysans du pain à 2 écus hors taxes. Cette proposition n'a pas été relayé par le bourgmestre, dont le panneau d'affichage municipal est largement plus visité, et il n'en a pas fait mention non plus dans son dossier. Pourtant, je vous assure que c'est bien du pain que j'ai acheté à un prix normal à Angers, et dont la vente m'aurait fait perdre de l'argent.

Enfin, si j'aime tant l'argent que cela, pourquoi cela fait des mois et des mois que je n'ai touché aucun salaire ? Car cela fait autant de temps que je n'ai travaillé ni à la mine, ni dans un champs. Je voyage ou j'étudie -seul ou avec un professeur-. Tous les jours, je perds de l'argent pour pouvoir un jour prêcher le Message Divin, ce qui ne me rapportera pas d'avantage d'argent, la satisfaction de voir des fidèles épanouis étant mon seul salaire pour tous ces longs mois de sacrifice financier. Que le prochain qui me traite d'avare, d'escroc ou que sais-je, arrête de travailler pendant un mois, mange un pain et un maïs et paie entre 5 et 15 écus par jours, et alors il pourra m'arriver à la cheville ; son esprit s'ouvrira alors peut-être un peu plus.

On, ou plutôt l'hérétique Alacian, m'accuse de faire de l'argent sur le dos des craonnais. C'est amusant car il omet le fait que je prie l'ange Al Lopas tous les jours pour qu'il aide Craon, et cela fonctionne puisque tous les jours 3 écus renflouent les caisses de la mairie grâce à moi, ce qui a permis à cet odieux personnage d'augmenter le salaire du milicien d'un écu. Le pire, c'est qu'il nous fait croire que c'est parce qu'il a une bonne gestion de la mairie.


Je me tournai vers le banc des témoins, plus particulièrement vers mon accusateur, franchement railleur.

Le troisième point, donc. Nous avons de la viande d'origine inconnue. Le bourgmestre ne s'est pas posé la question de cette incohérence, ou alors il l'a passé sous silence. Moi, je peux vous dire d'où elle vient. D'Angers. Et je peux prouver que j'y ai été. Je demanderai donc à ma suivante, Sorianne, de venir témoigner après. Je ne demanderai pas à l'hérétique de faire de même, il serait capable de dire qu'il n'était au courant de rien, comme il n'a rien dit dans le dossier, alors que je peux même vous préciser qu'il était entrain de recruter des bénévoles pour la défense de Craon lorsqu'il m'a dit de ramener du poisson de mon voyage plutôt que de râler.


Encore une fois, je me tournai vers lui, pour voir si je lui rafraichissais la mémoire.

Vous l'aurez peut-être deviné vous-même, la viande que j'avais acheté à 17 écus, je l'ai vendu à Angers. Et puisque à la fin de la journée, il me restait un peu de place, et qu'il ne restait pas de poisson à moins de 18.45 écus, j'ai acheté de la viande locale, un peu chère mais vu qu'il n'y avait pas de viande à prix "normal" à Craon, j'étais à peu près sûr de la vendre en me faisant environ 50 deniers de bénéfice par morceau. Oh, ça me fait 8 écus de bénéfice, le début de la richesse, dis-je en haussant les épaules.

Quatrième point : j'aimerais qu'on revienne sur ce dont on m'accuse, car la Procure est assez flou là-dessus. Dans l'acte d'accusation, on m'accuse "d'avoir acheter de la nourriture en masse", "d'avoir vendu des denrées dont je n'étais pas le producteur", et "d'avoir revendu de denrées à bas prix pour les revendre plus cher".

A chaque fois, on m'accuse d�avoir enfreint un décret municipal, ces torchons affichés à Craon, complètement inutiles, puisqu'ils ne sont que des cas particuliers de ce que prévoit le coutumier angevin, ce même coutumier qui se veut volontairement général et court pour éviter la description détaillée et lourde de tous les crimes et délits possibles et imaginables, comme c'est le cas dans tous les duchés et comtés que j'ai traversé. A mon sens, le décret de Craon va à l'encontre de l'esprit du Coutumier angevin que j'admire personnellement, mais là n'est pas le sujet ; aussi je vais me référer à celui-ci, source de la justice et des décrets angevins.


Je regardai le juge un court instant, pensant qu'il allait me contester sur cette manière de faire.

A la première accusation, je l'ai dit, je suis coupable. J'ai acheté dix morceaux de viande en laissant derrière moi quelques morceaux, ce qui était largement suffisant puisque le boucher en remet tous les jours, et la très faible population fait que peu de morceaux de viande sont consommés par jour, donc je ne lésais personne et j'enrichissais un artisan. Je respecte donc le critère du bon père de famille, celui de la "personne soucieuse de ne causer aucun préjudice à autrui". Mieux, je respecte l'universalité d'action, car si chacun faisait en sorte de réfléchir un temps soit peu comme je l'ai fait, tous les artisans auraient d'avantage de travail, au lieu de voir les achats de leurs clients limités.

A la seconde accusation, je demande quelle loi j'ai enfreint. Le commerce n'est pas interdit aux angevins ni aux étrangers à ce que je sache.

A la troisième accusation, je me suis expliqué : vous tirez hâtivement une conclusion car il vous manque des données.

Cinquième point : on m'accuse d'avoir mis en danger l'équilibre économique du marché de Craon. Alors je vous demande, de quelle manière, avant de parler de cet équilibre justement.

Est-ce que cela influe les producteurs ou les consommateurs que des denrées soient mises en vente à des prix jugés "indécents" par vous seuls ? Le producteur continue de produire et de vendre sans être concurrencé, le consommateur continue de consommer et rien ne l'oblige à acheter ces produits trop chers pour sa bourse.

Si ce déséquilibre est dû à l'achat de dix morceaux de viande, sachez qu'après une nuit tout était comme si de rien n'était puisque le boucher a remis de la viande comme tous les jours et a même pu acheter des carcasses avec l'argent que je lui ai donné pour faire de la viande le surlendemain. D'ailleurs, le plus ironique de l'histoire, c'est qu'il m'a acheté deux miches de pain malgré la "mise en garde" du bourgmestre visible de tous en façade de la mairie.


Et pour finir cette première partie de plaidoirie, le ton monta.

Vous parlez d'un équilibre économique, moi j'appelle ça un immobile n'importe quoi. Pour s'enrichir honteusement et légalement à Craon, il faut être boulanger : 27,6 écus de salaire par jour avec les prix appliqués et conseillés, avec peu de concurrence en plus, sur le dos large des meuniers qui en gagnent 20 si on suit encore les prix conseillés ! Sans parler du boucher qui vend sa viande à 17 écus : il travaille pour 5 écus de salaire, et s'il n'y a pas d'autre boucher, c'est bien parce qu'il serait obligé de s'aligner sur ce salaire.

Vous parlez d'un équilibre, moi je parle d'un foutoir sans nom.
Vous parlez de décrets, moi je parle de Raison et de bon sens.
Vous jouez le jeu de cet hérétique qui ne cherche qu'à évincer une concurrence grandissante pour le poste de bourgmestre !


En enchaînant :

J'appelle Sorianne comme à la barre, pour qu'elle témoigne de mon voyage à Angers.

A l'intervention du juge, une question me vint : ma plaidoirie est attendue et désirée comme une �uvre de rhétorique, ou attendue et redoutée comme un mauvais moment à passer ? Je me levai de nouveau.

Merci Dame Sorianne, qui est, rappelons le, conseillère ducale. Cela a son importance pour la valeur du témoignage.

Autant dire que mon témoin était digne de confiance, tandis que celui de l'accusation était un vulgaire bourgmestre qui occupe une place que pratiquement personne ne veut.

Les points abordés dans la seconde partie de ma plaidoirie :

6 - D'un arrangement à l'amiable qui a mal tourné.
7 - Du manque de fiabilité du témoin de l'accusation.
8 - D'une man�uvre politique, personnelle et religieuse.


Les titres indiquaient que le ton allait monter, histoire de finir en beauté.

Sixième point : la lettre me fut envoyer le 23 avril, soit bien après mon voyage à Angers, donc beaucoup après l'achat incriminé. Si je n'y ai pas répondu, c'est parce que nous avions eu cette discution "à l'amiable" la veille dans son bureau, lorsque j'étais venu pour le poste de tribun.

Je vous résume brièvement la rencontre : je rentre, je me propose pour le poste de tribun. Il hésite faussement puisqu'il me demande comment il pourrait prendre comme tribun un homme qui "ne cherche qu'à s'enrichir", qui est "un marchand agressif", qui "ne fait pas preuve de charité", "comparable à un cancrelat", et m'a demandé de sortir une première fois. Nous avons débattu, le ton est monté, il m'a traité "d'escroc", je voyais bien que je perdais mon temps. Le lendemain, il m'envoie ce courrier, presque amical, qui n'est bien sûr qu'une copie modifiée d'une lettre-type. Et vous croyez que j'allais lui répondre, pour lui donner raison de m'avoir traiter d'escroc ? Il me gifle puis me tend la main amicalement, vous ne voyez pas l'incohérence ? Vous ne voyez pas la sournoiserie de celui qui omet ce genre de fait qui a son importance pour la bonne compréhension de l'affaire ?


Autant de questions qui allaient rester sans réponse puisque j'enchainais.

Ce qui m'amène au septième point. Cet homme est un idiot dénudé d'intelligence, il n'a jamais mangé de poisson frais et ne boit que du lait caillé. A plusieurs reprises en hall de Craon, j'ai souligné son manque de discernement, les incohérences de ses propos, sa fourberie. Bref, les caractéristiques de l'hérétique moyen. Je n'attendais pas moins de ce procès qu'il soit une nouvelle preuve que cet homme est dangereux à la tête d'une cité.

Il parle au nom de tout le conseil municipal, qu'il présente comme témoin de mes forfaits. Mais je vais vous présenter la vérité. Ils, lui et ses conseillers, me reprochent ce dont ils sont eux même coupables.

Tout d'abord, Tictac qui m'achète dix morceaux de viande, enfreignant le décret de Craon. Ensuite, Miniking, conseiller au commerce de la ville, un très bon client qui m'a acheté une bonne partie de mes poissons qui ne sont pas au prix conseillé de 17.30 écus. De plus, Litaria, qui me traite de fourbe alors qu'elle vend son pain à 5.97 écus au lieu des 5.80 qui sont conseillés. Enfin, le témoin de l'accusation, Brutus666, semble avoir changer d'avis sur les prix conseillés puisqu'il vend sa viande à 18.03 au lieu des 17,30 écus conseillés, sans parler du pain qu'il m'a acheté et dont nous avons déjà parlé. Quel exemple ! On voit la paille dans l��il de son voisin, moi en l�occurrence, mais pas la poutre dans le sien. On m'accuse de déstabiliser le marché, mais la plupart des gens en font autant sans qu'on les accuse de quoi que ce soit !


Mieux que se défendre d'avoir commis un délit, crier à l�injustice car ses détracteurs sont autant coupables que moi.

Huitième et dernier point. Ce procès n'est qu'une pitoyable man�uvre de la part d'un adversaire, tant sur le plan politique puisqu'il sait que je convoite la place de bourgmestre et que je ferai un meilleur score qu'aux précédentes élections, que sur le plan personnel puisque nous ne pouvons coexister dans la même pièce sans que cela tourne au vinaigre, que sur le plan religieux puisque cela lui ferait mal qu'un membre de l�Église Aristotélicienne ait plus de pouvoir que lui, lui l'hérétique, qui comme tous ses confrères se croit persécuter par les hauts dignitaires de Rome.

Ainsi, ce procès n'est là que pour me dénigrer, tant pour les élections municipales à venir, qu'en tant que clerc et en tant qu'homme. Le dossier qu'il a monté, vide de preuves à décharge, n'est-il pas une preuve suffisante au fait qu'il soit prêt à tout pour me nuire, même utiliser la justice à ses fins personnelles, comme l'a suggéré la conseillère ducale Sorianne ?

Il a commencé sa campagne de dénigrement avec un petit mot en façade de la mairie, me faisant passer pour coupable avant même d'avoir été juger : "N'achetez pas le pain à 6,70 écus, il est vendu par un non boulanger qui se fait des écus sur le dos des boulangers de Craon. N'achetez pas non plus la viande à 18,64 écus, elle est vendue par un non-boucher qui achète la viande à bas prix pour la revendre plus cher. D'ailleurs, le coquin est mis en procès". Puis il a continué avec un petit mot me concernant dans son bilan de bourgmestre sortant : "Tout d'abord mes non remerciements à Scopolie de Craniole soi-disant futur curé de Craon. Je vous engage à assister à son procès public pour des faits délictueux concernant le marché de Craon. Chacun pourra se faire une idée sur le talent réel du Sieur en question au service d'une cause que je laisse à votre appréciation". Sa hâte à me faire passer pour coupable montre bien ses intentions !


J'énonçai ma plaidoirie avec le ton de celui qui croit en sa cause, pour finir en decrescendo.

Mais je sais bien qu'on préfère croire un bourgmestre angevin pure souche qu'un curé moralisateur. On m'accuse de gagner de l'argent au dépend des honnêtes gens qui travaillent pour une misère, esclaves d'un ridicule plan économique municipal ? Alors tenez ! criai-je en lançant une bourse lourde de cinquante écus sur le bureau du juge. Voilà de l'argent qu'on m'accuse d'avoir gagner malhonnêtement ! Puisque vous vous faîtes les gentils de l'histoire, je vous laisse le soin de donner cet argent à la mairie de Craon, posée là en tant que victime dans l'affaire. Cet argent servira à alléger les impôts des craonnais qu'on m'accuse d'exploiter.

Fatigué d'avoir déployer autant d'énergie à me défendre, je me rassis, observant le juge.


[hrp]18-05-2012 19:34 : Vous avez donné 50 écu(s) à la province de Duché d'Anjou.[/hrp]

Réquisitoire de l'accusation
Citation :
La procureure en était presque dépitée. Cela devait être à son tour, mais comme toujours, la prise de parole non accordée pointa le bout de son nez, même son nez tout court. Le juge était dans le même état de lassitude qu'elle même. Ce fut donc sans surprise qu'elle entendit ses ordres. Bien sûr, pour ne pas changer l'accusé se fit agitant, même dans une sortie comme celle ci. Quelle agitation et quel tumulte!

Le calme revint doucement mais sûrement. Premier réquisitoire public, et premier réquisitoire ou elle ne pourra s'adresser à l'accusé lui même. Dommage.

La procureure se lève tout en gardant près d'elle, les notes qu'elle avait pris durant la séance, désormais prête à entamer son discours.
Le regard se porte à l'assemblée, aux témoins, au juge.

Rappelons dans un premier temps que Sieur Scopolie de Carniole est accusé de ne pas avoir respecté le décret du 13 décembre 1459. L'article 1 de ce décret précise que l'achat de masse de nourriture (excepté le poisson, fruit) est interdite. (Achat de nourriture pour une durée supérieur à 4 jours).

L'article 3 précise que tout vente par un Craonnais de denrées non produites dans son champs ou échoppe, et ne pouvant prouver l'achat dans une autre ville, est considéré comme de la spéculation et est interdite.

Enfin, comme le précise l'article 4 : Tout non-respect de ce décret peut entraîner un procès pour trouble à l'ordre public ou pour spéculation.


Petit silence.

Désormais, poursuivons.

Tout d'abord sieur Scopolie de Carniole a dit plus tôt " Le bourgmestre de Craon *blabla* a fourni à la Procureure un dossier plein de vide, dont je m'étonne qu'il ait été instruit tel quel. Non, pas un dossier, pardon, un simple témoignage. Les preuves, elles, ont été reçues par la Procure après le premier témoignage. " et que plus tard au cours de l'audience le " Le bon sens veut qu'on mette en procès quelqu'un en se fondant sur des preuves, et pas seulement sur un témoignage qu'on prend pour Vérité. "

Sieur Scopolie de Carniole semblait être inquiet de mon dossier, et de ma façon de travailler.


Petit sourire amusé. C'est une technique comme une autre de vouloir décrédibiliser le procureure. Certes. Mais quand une partie se lance, il faut savoir que toute sa force y passera si il le faut.

Il me semble que personne n'est habilité à connaître la consistance de mon dossier avant le procès. Les preuves ont été présentées en ce jour, et donc totalement recevables. Nous avons d'ailleurs eu la possibilité d'entendre deux témoins, dont un maire, qui au vu de sa position, est à considéré, ainsi que des preuves écrites. Peut être que ce sieur désirait avoir une foule de témoins contre lui.


Petit rire moqueur, court, pour reprendre sans se perdre en chemin.

Toujours est il que ces témoignages sont amplement suffisants.

En effet, en premier lieu et en réponse au non respect de l'article 1 du décret du 13 décembre 1459 : achat de masse de nourriture.

La brune lance un regard à l'assemblée. Puis elle marche, les mains jointes.


Nous avons pour témoignage celui du sieur Brutus, lui même boucher, qui je cite, nous dit " je confirme bien avoir vendu les 10 morceaux de viandes a sir scopolie, le registre que j'ai fourni au tribunal le confirme aussi. " Et il nous le prouve donc, par ce vélin d'achat. La preuve est donc incontestable. Et si jamais, il nous venait un doute en plus de ces preuves, je vais citer une phrase de l'accusé " A la première accusation, je l'ai dit, je suis coupable. J'ai acheté dix morceaux de viande *blabla* ".


Un sourire satisfait.

Voilà donc qui me facilite le travail. Appréciable attention de l'accusé.

Demi tour, la marche se fait dans un autre sens, sans pour autant ne pas perdre de l'assemblée de son regard.

Passons donc désormais au deuxième point, à savoir celui du non respect de l'article 3 du décret du 13 décembre 1459. Soit " Toute vente par un Craonnais de denrées non produites dans son champs ou échoppe, et ne pouvant prouver l'achat dans une autre ville, est considéré comme de la spéculation et est interdite. "

Nous avons vu précédemment que le Sieur Scopolie de Carniole avait donc acheté 10 morceaux de viande à 16.50 " sur le marché de Craon.


Un point par un point.

L'accusé nous a dit plus tôt " En effet, nul part il n'est fait mention de la quantité des denrées que je vends, seulement les dix morceaux de viande achetés à un boucher. "

Or, 10 morceaux de viandes à 18.64 ont été achetées sur le marché de Craon par le sieur TicTac. dont le vélin prouve l'achat, et qui plus est le vendeur ne serait autre que Sieur Scopolie de Carniole. Ce qui est drôle, c'est que par la suite, l'accusé, une nouvelle fois, s'accuse tout seul, en disant " Regardez bien, vous verrez que Tictac m'a acheté dix morceaux de viande. Dix. Cela enfreint le décret de Craon qui limite les achats à quatre par jour, tout comme on m'accuse de l'avoir fait ; mais lui est traité comme un brave citoyen, et moi comme un infâme ".

En cherchant à vouloir décrédibiliser la preuve écrite, l'accusé s'est pris à son propre jeu. A force de partir dans des longs discours, il est facile de s'y emmêler les pinceaux.


La marche s'arrête net. Et commence une gestuelle digne d'une procureure.

Et étrangement! Comme par hasard, comme par pure coïncidence! 10 morceaux de viandes sont achetés, et 10 morceaux de viandes sont vendus par le même acheteur à un prix supérieur. La procureure insiste sur les mots. L'accusé voudrait donc nous faire croire que tout cela n'est qu'un vilain coup du sort! Oh! Pauvre de lui! A croire que l'accusé nous prend pour des êtres dépourvus de toute intelligence? Ce qui ne nous étonnerait guère au vue de ses incessantes provocations lors de ce procès, envers les témoins et la justice en elle même. Certes, on ne peut lui enlever qu'il remplit à merveille son rôle de victime. Mais ne l'oublions pas... non! Qu'il est ici accusé! La main vole dans l'air.

Acheter, revendre, acheter, revendre! Drôle de concept. Que ce soit à Angers, ou je le rappelle l'achat en masse est aussi interdit. Ou que ce soit à Craon.


Sieur Scopolie a beau dire qu'il est parti à Angers, l'article 3 précise bien que " tout vente par un Craonnais de denrées non produites dans son champs ou échoppe, et ne POUVANT PROUVER L'ACHAT DANS UNE AUTRE VILLE, est considéré comme de la spéculation et est interdite ".

Silence, puis reprise.

Bien, nous ne voyons ici aucune preuve prouvant l'achat de ces 10 morceaux de viande par exemple dans une autre ville.

Silence, puis reprise.


Le témoignage de dame Sorianne, ne nous apprend rien non plus, nous ne pouvons parler de preuve. En effet, celle ci précise juste avoir été en compagnie de Sieur Scopolie de Carniole à Angers. Soit, cela prouve t'il quelconque achat? La question semble voler en l'air, et la réponse se fait déterminée. Et bien .. Surprise! Non!

De plus, comme le dit le témoin de la défense, elle n'a aucune idée " des transactions que le Père Scopolie a bien pu faire".

Un regard vers l'assemblée puis vers le juge.

Nous considérons donc que ce témoignage n'apporte en rien une preuve. Nous considérons que Sieur Scopolie de Carniole tente par la seule faille possible de ce décret de se rendre non coupable.
Nous considérons que nous ne pouvons nous fier simplement aux paroles de cet individu, dans la contradiction permanente. Et qui nous a prouvé ô combien, il avait de drôles d'actions.

Ainsi si on en suit ce décret et les preuves apportées au cours des différents témoignages ou écrits, Sieur Scopolie de Carniole, doit donc être considéré comme spéculateur.

Petite respiration. Et la procureure se lance de façon assurée.

De ce fait, Sieur Scopolie de Carniole n'a pas respecté le décret du 13 décembre 1459, et ne peut nous prouver le contraire que par des paroles, contrairement à nous qui avons apporté suffisamment de preuve à son inculpation.

Précisons en nous appuyant sur l'universalité de l'action que si chaque citoyen agissait comme Sieur Scopolie de Carniole, les marchés subiraient sans cesse des déséquilibres économiques, des différences de richesse, et un sentiment d'injustice pour les producteurs.

Ajoutons en nous appuyant sur la notion d'exemple paternel, que nous ne pouvons apprendre à nos enfants, à acheter des denrées pour les revendre plus chères, ou à acheter massivement sans prendre en compte les besoins des autres citoyens. La notion de travail et de labeur doit être mise en avant et non la facilité d'un homme à se servir là ou il peut, même si les bénéfices sont peu. Ils sont là.


Puis la procureure se tourne cette fois ci uniquement vers le juge.

Nous demandons donc que l'accusé soit jugé coupable, et qu'il ait le privilège de se rendre dans nos geôles durant 3 jours, ainsi qu'un jour supplémentaire pour son manque de respect continuel au long du procès envers la justice Angevine. Soit un total de 4 jours.

Un sourire de politesse pour conclure, et la brune reprend sa place assise.

Dernière plaidoirie de la défense
Citation :
Le page me rattrapa sur le chemin menant à la sortie du tribunal. Et puisqu'il était messager, c'est lui qui subit mes remontrances vindicatives face à mon visage rouge de colère.

Je ne cautionnerai pas cet affront ! On m'a chassé de la salle d'audience, alors à l'audience je ne participerai pas ! J'apporte des éléments à ma défense, en m'adressant directement au juge, et on me traite comme cet hérétique, cause de ce procès, qui m'insulte devant tout le monde ! Allez pourrir en Enfer avec votre maitre ! Et gardez les inepties de votre maitresse pour vous ! Si le poste de procureur était un tant soit peu réglementé, elle n'aurait pas la place où elle est actuellement !

Dès lors, je laissai planter là le page, me dirigeant vers la sortie, vociférant.

Avec ce coquardeau et cette caillette pour tenir le tribunal, la justice des hommes est tombée encore plus bas qu'à l'habituel !

La sentence, un ou deux gardes viendraient me l'annoncer chez moi, à Craon.

La défense a appelé Sorianne à la barre
Voici son témoignage :
Citation :
La brune n'avait pas suivi grand chose de tout ce qu'il s'était déroulé là. Si ce n'était rien du tout en fait. L'air vague, elle avait suivi des yeux les éclats de voix qui avaient été échangés, un coup à droite, un coup à gauche, le juge. Et si elle entendait, elle n'assimilait pas pour autant les paroles. Tout ceci lui importait bien peu à dire vrai, loin de tout cela qu'elle était. Elle, elle se contentait du minimum, ne cherchait pas d'histoires et ne s'en portait pas plus mal. Trainée ici malgré elle, il n'y avait aucune raison pour qu'elle se concentre sur tout ce qu'il se disait. Quoi que la fin fut entendu, et quand on prononça son prénom, elle leva le nez.

Bon sang, il avait osé. Un soupir en réponse. Si elle s'était présentée avec plaisir au simulacre de procès à l'encontre du Duc, ayant apprécié jouer un peu, ici c'était tout autre. Pas d'amusement, pas de rire, même contenu... Et si bêtises de dites... Un regard las fut adressé au prélat avant qu'elle ne se lève. Devait-elle se présenter? Était-ce inutile? Après un regard à ceux présents, elle haussa les épaules. Mains jointes sagement devant elle, la noiraude se lança.


Pour être bien souvent auprès du Père Scopolie, je peux affirmer, jurer même, que nous avons bien fait route sur Angers à la mi Avril. Nous n'y sommes pas restés bien longtemps, certes, peut-être deux jours, trois? Je ne sais plus.

Elle eut un geste vague, la durée lui importait peu à dire vrai.

Quatre jours il me semble puisque j'ai eu trois écus à payer pour la chambre d'auberge. Ça laisse du temps pour nous rendre au marché en tous cas. Même moi je me suis permis d'acheter du pain et de vendre du poisson.

Je n'ai pas idée des transactions que le Père Scopolie a bien pu faire, ne me préoccupant pas de ça, mais je sais que l'attelage qu'il conduisait était bien plus chargé au retour qu'à l'aller.


Et ça, c'était chose vraie. Elle ne put s'empêcher de couler un regard désolé à Alacian. Le peu qu'elle lui avait parlé elle avait apprécié... Mais sa fille était tout de même bien plus importante à ses yeux. Retour au juge.

Je sais aussi que le sieur Alacian a eu des mots avec Père Scopolie. Je ne dis pas que tout ceci est un coup monté de toutes pièces, loin de moi cette idée, mais qui sait si les choses n'ont pas été gonflées faute de réussir à s'entendre?

L'accusation a appelé Alacian à la barre
Voici son témoignage :
Citation :
Alacian se rapprocha à nouveau de la barre.

Votre Honneur, je veux bien témoigner, mais j'aimerai avoir latitude à m'exprimer tel que je suis.

Il semble que vous soyez fort attentif aux petites indispositions du prénommé Scopolie me concernant, mais puis-je simplement rappeler sans scandaliser la savante assemblée que je suis le plaignant et donc le représentant des victimes. Comble de maléfice, il m'incombe cependant la charge de la preuve, non seulement nous voilà victimes, mais encore il me faut prouver que nous le sommes, que Craon ville de l'Archiduché d'Anjou a bien été victime des magouilles d'un individu dont je ne citerai pas le nom par respect pour la procédure.

Ester justice afin d'obtenir réparation de son préjudice n'est point une attitude haineuse mais tout au contraire conforme à la seule raison. Ce n'est point l'homme qui est un coquin mais son acte et c'est son identification bornée à cette acte, soit son obstination à le perdurer, qui finit par rendre l'homme mauvais.


Il leva son bras la main ouvert vers le ciel.

Votre Honneur, permettez donc que je puisse témoigner également du contexte dans lequel ce sont déroulés les faits, si le je tairai je crains fort que nous levions toute la saveur et le relief à ce procès public. Je m'adresserai directement à l'accusé.

Scopolie, tu vis à Craon mais tu ne te nourris point des produits de nos producteurs et artisans de Craon. C'est ton droit ! Tu colportes tes prêches haineux et ton fiel en tous les recoins des ruelles de Craon depuis que tu y es. C'est ton droit ! Tu m'insultes dans l'auberge du village en brandissant ta crosse boueuse. C'est ton droit ! Tu viens menacer ton bourgmestre à la mairie de Craon. C'est ton droit ! Et pour finir tu vends moult produits et denrées bien largement au-dessus de la grille des prix conseillés profitant de la petitesse du marché de Craon pour faire bénéfice sur les économies des plus pauvres craonnais. C'est ton droit !

Tout ceci, est ton droit, il semblerait que c'est ainsi que les curés agissent avant de prendre leur cure.


Il se dressa sur la pointe de ses bottes.

J'ai... savez-vous... plusieurs témoins qui pourront témoigner à l'appui de mon témoignage : les boulangers Brutus666 et Tictac, si nécessaire mon homme à tout faire Carnavalet, les conseillers municipaux témoins de mes dires, Dame Litaria, le Prime Echevin Josselin2 et le vice-échevin Adess. Tous pourront témoigner du bien fondé de la plainte qui fonde l'acte d'accusation et justifie le présent procès.

S'appuyant sur la barre devant lui...

Voici comment tout cela a débuté.

J'étais tranquille, j'étais peinard, accoudé à mon bureau. Le type est entré comme un taureau, puis a demandé à me voir en soufflant dans ses naseaux. Je faillis tomber de ma chaise à la vue de ce zozo ! Oui et oui, je m'attendais depuis des jours à être renversé de mon poste, tant et si bien que je crus en l'arrivée de quelques spadassins pillards, écorcheurs et autres margoulins grilleurs de pieds, qui souhaitaient ma peau ! Quand je reconnus la silhouette de géant de mon bon Carnavalet j'étais vénére comme pas un !


- Maboule ! mon coeur a bondi hors de mon poitrail, puisses-tu si tu tiens à ma vie toquer à ma porte la prochaine fois !
- Ah, beh, rhooo, j'venais en grand vent, parce que j'en ai vu une bonne tout à l'heure !
- Quoi donc bougredane, jactes, jactes ! maintenant que tu m'empêches de travailler, qu'au moins je saches ce que tu as à me dire.


A ces mots Carnavalet affala son corps de colosse sur le siège devant mon bureau.

- Hey ! paix à ton esprit... Écoutes-moi et détends-toi. J'étais à la porte Est de Craon en train de compter les grains de sel qu'un saletier m'avait vendu ce matin. Gloups ! un grain dans la bouche, ça pique, mais c'est bon. Le soleil feu ardent inhabitable par nature chauffé mes vieux os, quand j'entendis une carriole qui passait. Elle débordait de marchandises. De la poiscaille puante, deux ou trois morceaux de barbaque dans des seaux non cerclés, des miches de pain débordant de sacs de jutes, et tout un tas d'aut'trucs ! Y-avait un grand gars maigre et grand comme une saucisse qui pilotait les deux mulets, mais chais pas qui sait vu qu'il avait une cagoule sul melon ! J'ai suivi le convoi et pas de doute il partait vers le marché.
- Diantre ! Filons voir ce cortège, ça sent le carambouillage à plein nez !


En vérité, je vous le dis, j'eus un sale pressentiment, et pour cause !

Je descendis quatre à quatre les escaliers en pierraille de la mairie et me dirigeait vers l'objet du délit. Sur la place du village, il y avait les énièmes discussions sur comment sortir Craon de la gabegie. Pour les uns, c'était un prétexte à fleurter ou flyrter les abeilles locales, non pas, pour les autres à chercher des sacs de farine, il pleuvoyait du crachin de Dieu qui vous imbibez les os. Quand je déboulais au milieu des cagettes et des stands, j'aperçus non loin la fameuse carriole et Scopolie en personne qui arrangeait sa marchandise sur ses étagères.

Ni une, ni deux, par réflexe de conservation, je me réfugiais derrière un hénaurme percheron dont le cul était plus que ma tête ! Je vous le donne en mille, c'était vraiment pas le jour, un tas de fumier fumant, bref du caca d'cheval s'abattit sur ma tronche de bourgmestre aux abois. Terrible. Je retins la leçon d'un Sage spinoziste "la merde aussi tu peux en faire de l'or..." Aussitôt, je pus m'approcher incognito de Scopolie et lui acheter un morceau d'viande, un poisson, une miche de pain, puant pire qu'un palefrenier de feue la reyne Nebisa, mais ni vu ni connu. Je réclamais un reçu en justofiant que je cantinais pour mon riche Mestre qui n'avait point confiance en la rascaille que je suis. Heureux ! Scopolie me fournit mon papelard avec sa signature.

Voici la preuve, mon chapeau ! regardez, il est taché ! le fumier mes aïeux ça part pas comme ça en claquant des doigts...
Ah oui, aussi, j'ai le vélin qui sent pas bon, mais il est conforme...


Il le donna au Juge : Reçu des achats

Quand je revins à la mairie, j'en profitais pour me jeter hâtivement à poil dans le Oudon. Je ramassais mes frusques et revins torse et jambes nues aux pas de course à la mairie. A mon bureau, j'appelais Santa - oui, Santa, ma secrétaire - et lui dictai mon courrier adressé à l'accusé. J'ai pas l'original parce que si j'avais l'original c'est que je l'aurai pas envoyé au Sieur ici présent. Je vous en donne une copie avec l'enregistrement du départ : Courrier du bourgmestre Hélas, trois fois hélas ! je n'eus pas la moindre réponse !

Quand Santa s'en alla, je me servis un verre d'eau de vie d�Écosse, le viski... Je lampais toujours nu et beau le liquide acre au goût de terre brune, quand soudain une lumière me traversa la boule ! J'envoyais illico Carnavalet auprès des bouchers pour leur demander s'ils avaient eu des achats de gros récemment. Quand il partit je badais par la fenêtre et puis la journée ayant été longue j'allais piquer un somme...


Alacian s'arrêta net et regarda le Scopolie avec un gentil sourire à pleine dents...

J'ai bien dormi.

Quelques jours après, je me rhabillais enfin, et je trouvais sur mon bureau un courrier du Sieur Brutus666 m'indiquant qu'il avait vendu une dizaine de viandes à Scopolie pour le prix défiant toute concurrence de 17 écus net. Quand vous regardez le reçu, vous pouvez constater que l'accusé vendait bien de la viande à 18,64 écus. Pourquoi donc un gars qui vend tout un tas de viandailles sur le marché achèterait dans le même temps ce qu'il vend à d'autres sur le marché, si ce n'est parce qu'il spécule ! Je livre à votre examen le courrier de Messire Brutus666, boucher de son état, et honnête artisan de Craon :
Courrier de Brutus666 ENFIN ! ceci n'est point une preuve ! mais je vous livre également ce courrier qui renforce les susdites preuves que je viens d'ajouter au dossier : Courrier de Tictac

Votre Honneur, Haute Dame de la Procure, Votre Honneur de la Cour suprême et votre Archi-Grâce, tel fut la mésaventure dont Craon a souffert par la faute de la spéculation et du profit sans travail ni labeur, acheter, revendre, profiter grâce aux capitaux de la spéculation de rafler des denrées à bas prix sans laisser en profiter les plus modestes d'entre les angevins, puis les revendre à prix fort pour accumuler écus sur écus sans ne plus savoir qu'en faire d'autre qu'à nouveau acheter, revendre, ne faire autre que calculer ses profits sans mettre la main à la pâte du boulanger ou au couteau du boucher, accumuler de la richesse sur le travail des travailleurs ! Bouh, Craon attend que la justice puisse passer et de son bras séculier tabasser le coupable à la hauteur de son crime, mais ceci n'est point de ma fonction et c'est pourquoi je retourne à mon siège et me tiens prêt à répondre à vos questionnements.

Quand Alacian parlait, il se tournait vers les uns et les autres, tendant les bras, tapotant ses mains sur la barre, frappant du pied comme pour donner plus de poids à ses mots, et à la fin il inclina sa tête et attendit la suite du procès.

***
(Post scriptum HRP : le procès étant public, je poste l'intervention principale d'Alacian)

L'accusation a appelé Brutus666 à la barre
Voici son témoignage :
Citation :
Votre Honneur, Haute Dame de la Procure, Votre Honneur de la Cour suprême et votre Archi-Grâce je viens a vous confirmé l�état de mon registre que j'ai déjà fourni a la cour l'accusé sir scopolie m'a bien acheté ces 10 morceaux de viande a 16.50 ecus ht.
Si la cour me permet de rajouter un avis personnel ,cela et tout bonnement une honte de spéculer sur les honetes artisan que nous sommes et de tromper ainsi la population.
Merci de m'avoir écouter.

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Scopolie / decret enfreint / coupable / 24-05-1460
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